🌾 Un ancrage beauceron très local
Tous les événements se déroulent dans un périmètre restreint :
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Bailleau-le-Pin
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Saint-Georges-sur-Eure
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Cintray
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Nogent-sur-Eure
Moins de quinze kilomètres séparent ces paroisses.
Cette micro-mobilité est typique du monde rural de l’Ancien Régime : on se marie, on travaille et on meurt dans un rayon très restreint.
Mathurin est berger puis journalier. Un métier modeste, physique, dépendant des exploitations locales.
💍 Anne HARDOU : une vie courte, deux mariages
Anne HARDOU naît en 1721 à Bailleau-le-Pin.
Premier mariage (1745)
À 23 ans, elle épouse Gabriel GREARD, 39 ans.
Un écart de 16 ans qui peut surprendre aujourd’hui, mais qui reste cohérent avec les pratiques de l’époque : les hommes se marient parfois tardivement, une fois une stabilité économique acquise.
Deux enfants naissent. Ils meurent en bas âge.
En 1753, Gabriel décède. Anne devient veuve à 31 ans.
Second mariage (1759)
À 37 ans, elle épouse Mathurin BEAUPERE, 29 ans.
Ici, l’épouse est plus âgée que le mari : situation moins fréquente, mais loin d’être exceptionnelle dans un contexte de remariage.
Deux fils naissent (1759 et 1762).
Tous deux meurent très jeunes.
Anne décède en 1763, à 41 ans.
📊 Une mortalité conforme aux réalités du XVIIIᵉ siècle
Les travaux démographiques sur la France rurale d’Ancien Régime montrent :
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20 à 30 % des enfants meurent avant un an.
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Jusqu’à 40 à 50 % peuvent mourir avant 10 ans dans certaines régions.
Dans la famille BEAUPERE :
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8 enfants naissent au total.
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4 meurent en bas âge.
Soit 50 % de mortalité infantile.
Un taux élevé, mais malheureusement compatible avec les standards de l’époque.
💍 Marie-Madeleine PICHON : maternité et fragilité
En 1764, Mathurin se remarie à Cintray avec Marie-Madeleine PICHON, environ 20 ans.
Lui en a 34.
L’écart d’âge (14 ans) correspond davantage aux schémas classiques.
Six enfants naissent entre 1765 et 1784 :
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Marie Magdeleine (1765–1854)
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Mathurin (1769–1769)
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Marie Marguerite (1770–1810)
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Charles Sylvain (1773– )
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Marie Véronique (1779–1792)
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Marie Catherine (1784–1784)
Quatre survivent à la petite enfance.
Deux meurent nourrissons.
Le 4 novembre 1784, Marie-Madeleine meurt le jour même de son accouchement.
Sa fille décède le lendemain.
Les décès en couches étaient une réalité tragiquement fréquente avant les progrès médicaux du XIXᵉ siècle.
👴 Une longévité masculine remarquable
Mathurin BEAUPERE meurt en 1792 à 62 ans.
Au XVIIIᵉ siècle, l’espérance de vie à la naissance est d’environ 25 à 30 ans, mais elle est fortement abaissée par la mortalité infantile.
Un homme ayant survécu à l’enfance pouvait espérer vivre autour de 55–65 ans.
Mathurin dépasse donc la moyenne masculine rurale.
Son père atteint 80 ans : un âge exceptionnel pour l’époque.
À l’inverse, sa mère décède à 34 ans.
On observe ainsi une forte vulnérabilité féminine liée aux maternités répétées.
🧭 Ce que révèle cette famille
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Deux veuvages.
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Trois mariages.
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Huit enfants.
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Quatre décès infantiles.
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Une mobilité limitée à quelques kilomètres.
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Une transmission assurée principalement par Marie Magdeleine et Charles Sylvain.
Cette famille n’a rien d’exceptionnel.
Et c’est précisément ce qui la rend précieuse.
Elle reflète la réalité démographique de la Beauce au XVIIIᵉ siècle :
résilience, fragilité, solidarité paroissiale et adaptation constante aux épreuves.
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