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Une famille de meuniers entre Vosges et Algérie au XIXème siècle : les Seigeot

 

🌿 Une famille, plusieurs mondes

De Lacollonge aux plaines d’Algérie,
les SEIGEOT traversent le XIXe siècle.

Ils illustrent à leur manière une réalité plus large :

➡️ celle des familles rurales
➡️ entre stabilité et départ
➡️ entre héritage et rupture


🌾 Destins croisés des SEIGEOT au XIXe siècle

Tout commence dans un village du Territoire de Belfort, au début du XIXe siècle.



À Lacollonge, au cœur d’un paysage rural rythmé par les saisons et les cours d’eau, vit une famille de meuniers. Depuis plusieurs générations, les SEIGEOT exploitent un moulin — un lieu essentiel dans l’économie locale, à la fois outil de travail et point de rencontre.


🧾 Une famille enracinée

Le 9 janvier 1810, Henri SEIGEOT, meunier né en 1780, épouse Marianne GAUTHERAD, fille de meunier originaire de Magny.

Leur union est typique du monde rural de l’époque :
on se marie dans son milieu, on transmet un métier, on construit une famille nombreuse.

Entre 1810 et les années 1830, ils auront au moins 13 enfants.

👉 Les registres paroissiaux et d’état civil confirment :

  • les naissances à Lacollonge
  • les décès précoces de plusieurs enfants
  • la présence de la famille dans les recensements de 1836, 1841 et 1846

Mais derrière ces lignes d’actes, une réalité plus dure apparaît :
plusieurs enfants meurent en bas âge.

C’est le cas de :

  • Pierre Claude (1812)
  • deux petites Françoise (1820–1824)
  • Henry (1821–1826)
  • probablement Claude François (né en 1834, disparu avant 1836)

👉 Ces décès ne sont pas des exceptions.
Ils rappellent la fragilité de l’enfance au XIXe siècle.


🏭 Le moulin : cœur de la famille

Parmi les enfants survivants, certains restent.

Jean Pierre (1815–1887) et Jacques (1817–1886) ne se marient pas.
Les recensements et actes montrent qu’ils vivent et travaillent ensemble à Lacollonge.

👉 Ils deviennent les piliers du moulin familial.

Jean Pierre est même qualifié de meunier et propriétaire en 1861, lors d’un acte à Belfort.

➡️ Leur célibat n’est probablement pas un hasard :
dans de nombreuses familles rurales, certains enfants renoncent à fonder un foyer pour éviter de diviser les biens.


🍷 Quitter le moulin : une autre voie

D’autres enfants prennent un chemin différent.

Louis SEIGEOT (1810–1844) quitte Lacollonge.
Il s’installe à Roppe où il devient cabaretier.

👉 Le recensement de 1841 le montre :

  • marié
  • père de plusieurs enfants
  • employant des domestiques

Il devient même maire de Roppe, signe d’une véritable ascension sociale.

Mais sa trajectoire s’interrompt brutalement :
il meurt à 33 ans.


👩 Une femme entre rupture et réintégration

La vie de Catherine SEIGEOT (1818–1867) illustre une autre réalité.

Jeune femme, elle donne naissance à un enfant hors mariage à Belfort.
L’enfant est reconnu par le père, et le couple se marie en 1840.

👉 Ces faits sont attestés par les actes.

Mais un an plus tard, elle est veuve.

En 1845, elle se remarie avec un meunier de Bessoncourt.
Le recensement de 1846 montre qu’elle vit avec son mari… chez son père.

➡️ Hypothèse cohérente :
ce mariage permettrait de maintenir l’activité du moulin familial, en intégrant un nouveau meunier dans la famille.


👭 Une famille qui s’étend : Belfort et ses réseaux

Les actes révèlent aussi l’existence d’un réseau familial élargi.

Une cousine, Anne SEIGEOT, née à Bessoncourt, apparaît comme témoin à Belfort.
Sa présence suggère des liens entre villages et ville.

➡️ Hypothèse :
c’est peut-être chez elle que Catherine est accueillie lors de sa grossesse.

Ces déplacements montrent que la famille n’est pas isolée :
elle circule, s’adapte, s’appuie sur ses proches.


🌍 L’appel de l’Algérie

À partir des années 1840–1850, une nouvelle étape s’ouvre.

Après la Conquête de l'Algérie par la France, des colons européens s’installent en Algérie.

Dans cette dynamique, un membre de la famille joue un rôle clé :

👉 Jacques SEIGEOT, frère d’Henri

  • journalier
  • décédé en 1854 à Saint-Denis-du-Sig

➡️ Il est mentionné comme oncle de deux jeunes femmes de la famille.


✈️ Deux sœurs partent

👩 Marianne Cécile (née en 1830)

Elle quitte Lacollonge entre 1846 et 1849.
Elle se marie à Mostaganem avec un employé aux subsistances militaires.

👉 Après ce mariage, elle disparaît des sources.

➡️ Hypothèse la plus probable :
Les registres de cette période sont incomplets.


👩 Françoise (1828–1879)

Son parcours est mieux documenté.

Elle se marie en 1853 à Mostaganem avec un géomètre.
Un document officiel de 1855 la mentionne comme bénéficiaire d’une concession de près de 50 hectares à Oran.

Après le décès de son mari en 1864, elle perçoit une pension.

Elle meurt en 1879 à Mustapha.

👉 Elle aura trois enfants, tous restés en Algérie.

➡️ Son parcours témoigne d’une réussite sociale dans le contexte colonial.


🧩 Ce que révèle cette histoire

À travers les actes, les recensements et les silences des archives, une logique apparaît.

👉 Une famille :

  • enracinée dans un métier (meunier)
  • structurée autour d’un patrimoine (le moulin)
  • capable d’adaptation

Certains restent.
D’autres partent.

Les fils maintiennent l’exploitation.
Les filles créent des liens ailleurs.
Un oncle ouvre la voie vers un autre continent.


✍️ Entre certitudes et silences

Ce récit repose sur :

  • des actes de naissance, mariage et décès
  • des recensements (1836, 1841, 1846…)
  • des documents administratifs (concessions en Algérie)

Mais aussi sur des hypothèses, rendues nécessaires par :

  • des registres manquants
  • des vies mal documentées
  • des trajectoires interrompues

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