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Jean FANAC (1690-1730)

 


De Chironico aux Vosges : la vie difficile de Jean Fanac

Au début du XVIIIᵉ siècle, Chironico, un village tessinois de la vallée de la Léventine, vit au rythme rude des Alpes. Niché au fond d'une petite vallée latérale de la Leventina,  naturellement plus haute, parcourue par un ruisseau qui se jette dans le Tessin (1), le village est isolé l’hiver et à peine accessible par des chemins muletiers l’été. La terre, maigre et pierreuse, suffit à peine à nourrir les familles. Les champs sont petits, les récoltes aléatoires, et les hivers longs.

Dans ce décor sévère, beaucoup d’hommes doivent partir chercher ailleurs le travail et l’avenir que la montagne ne peut leur offrir. Depuis des générations, les Tessinois quittent leur vallée comme maçons, tailleurs de pierre, fumistes ou charpentiers, emmenant leur savoir-faire dans toute l’Europe.

Jean Fanac fait partie de ces hommes. Maçon de Chironico, il choisit la route de l’exil au tournant de sa jeunesse.

(1) Merci à André Hald (généanet) pour ses précisions


Le long voyage de Jean

Depuis Chironico, Jean prend la grande route du Saint-Gothard, passage ancestral qui relie le Tessin au reste de l’Europe. Il traverse les gorges étroites de la Schöllenen, où les muletiers guident leurs bêtes chargées de marchandises, puis descend vers Lucerne et Bâle.

De là, il suit le Rhin supérieur, passe par l’Alsace, et franchit le col de Sainte-Marie-aux-Mines, porte naturelle vers la Lorraine. Le chemin est éprouvant : plusieurs centaines de kilomètres de marche, des cols alpins enneigés, des rivières à traverser, des auberges rares et coûteuses. Mais pour Jean, comme pour tant d’autres, il n’y a pas d’alternative : partir ou survivre difficilement au pays.


Une nouvelle vie en Lorraine

En 1716, Jean est à La Croix-aux-Mines, au cœur des Vosges. Ici, on exploite depuis longtemps l’argent et le cuivre, et l’on a besoin de bras solides et d’ouvriers qualifiés. Pour un maçon tessinois, c’est une chance.

Il s’intègre, rencontre Anne Antoine, une jeune femme du village, et l’épouse. Leur mariage est célébré le 31 août 1716, en présence de plusieurs témoins italiens — preuve que Jean n’était pas seul à avoir fait ce voyage : une petite communauté alpine s’était déjà installée dans la vallée.

Jean et Anne auront plusieurs enfants, au moins cinq selon les registres. Le dernier, Marc Fanac, naît en 1729. C’est lui qui deviendra mineur, poursuivant à sa manière l’histoire familiale dans les profondeurs de la terre vosgienne.


La fin d’un parcours

Jean ne verra pas grandir longtemps ses enfants. En février 1730, il meurt à seulement quarante ans, épuisé par une vie rude et sans doute marquée par le labeur. Il est inhumé dans le cimetière de La Croix-aux-Mines.

Son parcours illustre le destin de nombreux hommes de Chironico : quitter leur vallée pauvre et pierreuse, braver les routes alpines, pour offrir à leurs enfants un avenir différent dans une terre d’accueil.

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