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La Croix-aux-Mines

 

La Croix-aux-Mines vers 1700 : entre mines, besoins de main-d’œuvre et migrations italiennes

Au tournant du XVIIIᵉ siècle, La Croix-aux-Mines est un petit village vosgien, niché dans une vallée qui porte bien son nom. Depuis le Moyen Âge, le sous-sol y a été exploité pour ses gisements d’argent, de cuivre, de plomb. Après une période de déclin à la fin du XVIIᵉ siècle, les autorités et les exploitants cherchent à relancer les activités minières.

Ces travaux nécessitent une main-d’œuvre abondante et variée : mineurs, charpentiers, forgerons, mais aussi maçons et tailleurs de pierre pour entretenir les galeries, bâtir les fours, consolider les maisons. Or, la population locale ne suffit pas. C’est alors que des ouvriers venus d’ailleurs, notamment d’Italie et de Suisse italienne, trouvent leur place dans les Vosges.




Voici quelques gravures du XVIᵉ siècle, réalisées par Heinrich Gross, qui illustrent l’activité des mines d’argent à La Croix-aux-Mines : tri du minerai, acheminement, entrée des galeries. 


L’arrivée des Italiens

Depuis longtemps, les vallées alpines comme le Tessin connaissent une économie fragile. La terre y est pauvre, morcelée, et ne nourrit pas toutes les familles. Beaucoup d’hommes partent donc chercher du travail à l’extérieur, souvent en groupes ou par réseaux familiaux.

Les métiers liés à la pierre – maçons, tailleurs, stucateurs – sont particulièrement recherchés, et leur savoir-faire reconnu. Les archives paroissiales de La Croix-aux-Mines et des environs témoignent de cette présence : des patronymes italiens apparaissent dans les mariages, les baptêmes, les sépultures.

C’est dans ce contexte qu’arrive Jean Fanac, originaire de Chironico, un village tessinois situé sur la route du col du Saint-Gothard, grand passage alpin vers la Suisse centrale et l’Alsace.


Le voyage de Jean Fanac

Imaginer le voyage de Jean Fanac, c’est retracer les grandes routes alpines de l’époque :

  • Depuis Chironico, au cœur de la vallée de la Léventine, il lui a fallu remonter vers Airolo puis franchir le col du Saint-Gothard, par une rude route muletière bordée d’hospices.

  • De là, il descend vers Lucerne, longe les rives du lac des Quatre-Cantons, puis poursuit sa route jusqu’à Bâle.

  • Il traverse ensuite le Rhin supérieur et gagne l’Alsace, probablement par Colmar, avant de franchir le col de Sainte-Marie-aux-Mines, passage séculaire entre Alsace et Lorraine.

  • Enfin, il atteint La Croix-aux-Mines, ce village qui l’accueille et devient son nouveau foyer.

Un trajet de plusieurs centaines de kilomètres, semé de dangers et de fatigues, mais rendu possible par la solidarité entre migrants et par les réseaux de compatriotes déjà installés dans les Vosges.








📚 Sources et références

  • Dictionnaire historique de la Suisse (DHS) – article Chironico :
    🔗 https://hls-dhs-dss.ch/fr/articles/002074
    → Contexte sur la pauvreté des terres tessinoises, l’émigration saisonnière, métiers traditionnels (maçons, fumistes).

  • Wikipedia – Chironico (EN / IT) :
    🔗 https://en.wikipedia.org/wiki/Chironico
    🔗 https://it.wikipedia.org/wiki/Chironico
    → Description du village, de ses hameaux et de ses églises, rappel de l’importance du col du Saint-Gothard.

  • Sur les routes alpines :

    • Hospice et col du Saint-Gothard : grands axes de passage nord-sud depuis le Moyen Âge.

    • Col de Sainte-Marie-aux-Mines : passage entre Alsace et Lorraine, utilisé par les mineurs et artisans.

  • Lucien Geindre, Les mines d’argent de La Croix et de Sainte-Marie-aux-Mines, éd. locale.
    → Histoire des exploitations minières vosgiennes et des besoins en main-d’œuvre au XVIIᵉ–XVIIIᵉ siècle.

  • Pierre Caspard, Les Tessinois à l’étranger : mobilité et spécialisation (XVIIᵉ–XVIIIᵉ siècles), dans Bulletin de la Société suisse d’histoire économique et sociale.
    → Étude sur l’émigration des artisans tessinois (maçons, tailleurs de pierre, fumistes).



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